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10 JUIN

DE L'IMAGE DE L'ISLAM

 
par Henri HUBERT
Délégué Régional du FRS Champagne-Ardenne

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Le 3 juin à Tiaret, six Algériens convertis au protestantisme comparaissaient pour « pratique illégale d’un culte non musulman ». Ils avaient été arrêtés à la sortie du domicile de l’un d’entre eux, pour avoir « participé à une messe (sic) dans un lieu non prévu à cet effet ». Quatre ont été condamnés à des peines allant jusqu’à six mois de prison avec sursis et 2 000 € d’amende. Les deux autres, ayant renié leur nouvelle religion, ont été acquittés.

La Constitution algérienne affirme pourtant la liberté de culte, et une loi de 2006 confirme même la liberté de conscience « y compris pour la minorité chrétienne ». En fait, cette loi réglemente très précisément les questions confessionnelles dans le pays et exige que les lieux de cultes et les personnes qui les desservent soient agréés par le Ministère des Affaires religieuses. Cette disposition, qui n’a jamais été considérée inconstitutionnelle comme il nous semblerait logique, aurait été prise pour éviter « l’évangélisation clandestine ».

Tiaret encore : début mai, Habiba Kouider est arrêtée dans un bus revenant d’Oran, parce qu’elle transporte dans son sac une dizaine de Bibles. Elle est alors accusée de « prédication d’un culte non musulman sans autorisation ». Le 20 mai, le verdict de son jugement a été ajourné pour « complément d’information » : le Procureur avait réclamé trois ans de prison ferme. Laissée en liberté, « le 1er juin elle a été interpellée par des policiers en civil qui lui ont reproché sa conversion au christianisme, ont vérifié son sac avant de lui imposer une humiliante fouille au corps en pleine rue » : c'est le Pasteur Mustapha Krim, président de l’Eglise protestante d’Algérie, qui parle. Et il confirme qu’« elle continue de subir le harcèlement injustifié des forces de sécurité ».

On pourra s’étonner qu’en France ces deux affaires scandaleuses aient fait mille fois moins de bruit que celle de Lille qui n’en méritait sans doute pas tant.

Revenons donc à Lille et à cette hallucinante affaire du mariage annulé pour mensonge de la mariée sur sa virginité.

Essayons de faire preuve d’un peu de sang froid : du fait de la réaction d’un homme trompé sur ce qu’il considérait comme une « qualité essentielle de la personne » – ce qui est après tout son droit – il est évident que le couple ne pouvait pas durer : les époux étaient d’accord pour se séparer. Si la décision d’annulation est remise en cause en appel, qu’adviendra-t-il ? Les époux se remettront-ils à vivre ensemble comme si rien ne s’était passé, parce que la Justice en aura décidé ainsi ? Bien sûr que non : ils s’engageront dans une procédure de divorce, coûteuse et psychologiquement pénible, à cause d’une opinion publique qui, pour des raisons irrationnelles, s’est inutilement insurgée, poussant le Garde des Sceaux, pour calmer les esprits, à demander au Parquet de faire appel.

Le vrai problème n’est en fait ni la virginité ni l’Islam : il est dans une relation de confiance devenue impossible entre deux personnes. Par nature, cela ne se règlemente pas !...

Mais parce que le différend portait sur la virginité de l’épouse, la réaction épidermique a voulu qu’on s’élève contre la mise en cause de la liberté des femmes à disposer de leur corps, jusqu’à manifester dans les rues de Paris ! De plus l’époux est musulman, et même si personne n’a osé officiellement mettre en cause une lecture fondamentaliste de l’Islam, combien y ont pensé sans le dire !

Et comment pourrait-il en être autrement quand la majorité des affaires relatées nous montrent un obscurantisme aberrant, qui conduit à des catastrophes ? Ainsi à Bourg en Bresse : en 1998, le petit Mohammed naît handicapé à 100% à la suite de complications neurologiques. Pourquoi ? Radouane Ijjou, le père de l’enfant, s’est opposé à toute présence masculine dans la salle d’accouchement « en raison de ses convictions religieuses ». Il aurait fallu pratiquer une césarienne. Or tous les internes présents à ce moment-là étaient des hommes : l’opération qui aurait pu éviter le drame n’a donc pu être pratiquée à temps… Les parents ont poursuivi l’hôpital, réclamant 100 000 € d’indemnité. Ce 10 juin, la cour d’appel administrative de Lyon a non seulement rejeté la demande, mais a condamné les parents à 1 000 € d’amende.

J’en ai parlé avec un ami musulman d’origine turque, qui a réagi avec tristesse : « Ceux qui agissent comme ça ne connaissent rien à l’Islam : l’Islam ce n’est pas ça du tout ». Mais comment l’opinion publique française pourrait-elle le percevoir autrement quand les médias ne se font l’écho complaisant que de telles affaires ? La plupart des musulmans sont des modérés, tolérants, humanistes, ouverts. Les trains qui arrivent à l’heure n’intéressent personne… Les millions de musulmans qui vivent et travaillent en France sans se faire remarquer non plus…

Et pourquoi parle-t-on si peu des « signes d’ouverture » ?

Turquie : la Cour suprême vient d’annuler la réforme votée par le Parlement, qui « autorisait » les femmes à porter le voile dans les universités. Cette loi, que le gouvernement défendait comme l’expression de la liberté de culte, a été annulée comme non constitutionnelle du fait du principe suprême de laïcité voulu par Atatürk, le fondateur de la Turquie moderne. Perspective européenne oblige.

France : l’Institut Catholique de Paris propose depuis janvier 2008 une formation universitaire non religieuse aux cadres religieux musulmans.

Vatican : Benoît XVI reçoit une lettre préparant une rencontre programmée pour novembre prochain, avec 138 intellectuels musulmans, en vue du renforcement du dialogue interreligieux.

Alors, où est la vérité sur l’Islam en Europe et en France ? On parle d’intégration, certains commencent à évoquer un possible aménagement de la loi de 1905 qui autoriserait les collectivités locales à participer au financement de la construction de nouveaux lieux de prière dignes, tandis que l’on conclut avec les pays musulmans aussi des accords de coopération en tout genre, et que l’on envisage une Union de la Méditerranée… Comment parler de ces questions ? Comment aider l’Islam à changer son image dans le paysage européen ? Comment éliminer les risques de dérive induits d’un côté par un intégrisme dépassé et de l’autre par des jugements trop simplistes ?

J’ai des amis musulmans. Certains sont pratiquants et connaissant bien leur religion. Ils savent que je suis catholique. Pourtant nous nous entendons bien, et il ne nous viendrait pas à l’idée de nous agresser sur les questions religieuses. Au contraire, nous nous en enrichissons mutuellement, au travers de discussions passionnantes. Comme moi, ils sont une majorité à dénoncer toute forme de fondamentalisme, religieux ou laïc d’ailleurs, ainsi que toute forme de prosélytisme.

Il ne sera pas facile de faire évoluer l’image de l’Islam en France et en Europe tant que des clichés mensongers resteront gravés dans l’esprit de nombre de nos concitoyens.

Ne faudrait-il pas d’abord mieux expliquer l’Islam aux musulmans eux-mêmes, pour qu’ils dépassent tous les obscurantismes, et acceptent de vivre leur foi ici, dans un contexte de liberté et de laïcité à l’occidentale ? Les chefs musulmans n’auront-ils pas un rôle central à jouer aussi, en faisant preuve d’une grande pédagogie vis à vis des opinions publiques ? Et la classe politique ne devra-t-elle pas les aider en donnant davantage la parole aux plus modérés d’entre eux, pour qu’ils puissent dénoncer, au fil de l’actualité, les abus de certains ?

Le pire risque ne réside-t-il pas dans ce raisonnement caricatural qui conduit à ne voir que deux issues pour l’Islam : soit un traditionalisme arriéré, soit un modernisme tendant à l’athéisme ? Or il existe bien des voies intermédiaires, respectueuses de la foi profonde des croyants, dans la tolérance et le respect de la laïcité.

Si les incompréhensions persistent, nous pourrions nous trouver entraînés vers la folie d’un affrontement, vers ce « choc des civilisations » envisagé par Samuel Huntington… Il pourra être plus aisément évité si nous savons relever ce grand défi pour notre temps : faire coexister les trois grandes religions monothéistes dans le respect mutuel. Soyons persuadés que le Forum des républicains sociaux s’y emploiera avec détermination.


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