25 MAI
LE "GAULLISME SOCIAL"
QU'EST-CE QUE C'EST ?
par Henri HUBERT
Délégué Régional du FRS Champagne-Ardenne
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Lors de sa conférence de presse du 21 mai à l’Assemblée Nationale, Christine Boutin a fait référence à plusieurs reprises au « gaullisme social », dont le Forum des républicains sociaux se veut héritier.
Pour beaucoup, le gaullisme n’évoque pas grand-chose : de Gaulle, c’était il y a bien longtemps ! Alors, souvenons-nous…
Le 28 avril 1969, suite à la victoire du « non » au référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat, le Général de Gaulle démissionne. Ceux qui ont voté à ce moment-là, avaient plus de 21 ans et étaient donc nés avant 1948. Ceux qui ont vécu le gaullisme « en direct » ont donc aujourd’hui plus de 60 ans et sont, pour la plupart, des retraités…
Pour tous les autres, Charles de Gaulle reste un grand personnage du passé, mais près de quarante ans après sa disparition, sait-on encore bien ce qu’il faut entendre par « gaullisme social » ? Cette appréciation de ce qu’est devenu le gaullisme est d’autant plus complexe qu’il s’est progressivement divisé en de nombreuses expressions politiques parfois fortement divergentes !
Essayons de faire le point.
Schématiquement ont peut dire que l’idée gaulliste inspire deux grandes tendances :
- une première qu’on peut qualifier de « libérale-conservatrice » et que certains appellent « néogaulliste »,
- une autre plus « sociale », qui se divise elle-même en deux branches :
o l’une « centriste » dont les membres, qui ne mettent pas en cause le système capitaliste, défendent une démocratie sociale et sont proches des thèses de la social-démocratie et de la démocratie chrétienne,
o l’autre composée de « gaullistes de gauche », relativement peu nombreux, qui se veulent anti-marxistes, tout en s’affirmant anti-capitalistes.
Comment est-il possible que le gaullisme ait pu inspirer de telles visions divergentes, qui vont bien au-delà de la nuance ? La réponse se trouve probablement dans les interprétations différentes de ce qui constitue sans doute une des clés de voûte de toute la doctrine sociale gaulliste : la « participation ».
Les gaullistes de droite ne considèrent le lien entre travail et capital que sous ses aspects financiers : pour eux, la participation signifie simplement que les salariés doivent participer aux résultats de l’entreprise dans laquelle ils travaillent. Cette vision restrictive de la participation l’a en fait réduite à la simple mise en place de systèmes d’intéressement des salariés aux résultats, et a même parfois conduit à évacuer la négociation salariale sous prétexte que la participation aux bénéfices jouerait le rôle de régulateur.
Cette interprétation s’est durcie sous la présidence de Georges Pompidou, avec le soutien du patronat conservateur. N’oublions pas que le candidat du Parti Communiste Français Jacques Duclos, avait recueilli quelques 21,27 % des voix aux élections présidentielles de 1969 ! Les gaullistes de gauche, qui faisaient très peur à la droite, étaient alors accusés par la droite de vouloir instaurer « les soviets dans l’entreprise » du fait de leur projet de collectivisation des moyens de production et de mise en place de la cogestion, permettant d’en finir avec le capitalisme.
Cette dichotomisation de l’idée sociale gaulliste, générée par une opposition dogmatique droite / gauche, a conduit à l’échec de la mise en oeuvre de la « vraie » doctrine sociale gaulliste.
Comment peut-on alors définir cette doctrine ?
Entre la vision collectiviste des gaullistes de gauche et la vision purement financière de gaullistes de droite, les gaullistes sociaux veulent que les salariés soient perçus comme autre chose que de simples « fournisseurs de travail », éventuellement intéressés aux résultats, mais soient considérées comme des personnes responsables, à part entière, du devenir de l’entreprise dans laquelle elles travaillent. Se pose donc la question majeure de la représentation dans les instances décisionnelles de l’entreprise, et donc, de manière très profonde, celle de la fonction des syndicats.
Derrière le vocable un peu fourre-tout de « participation », la doctrine sociale gaulliste met en avant, outre un partage plus équitable des bénéfices de l’entreprise entre capital et travail, une réelle participation des salariés « aux responsabilités », permettant l’émergence d’une éthique économique différente, induisant de nouveaux rapports sociaux non plus fondés sur l’affrontement et le conflit mais sur le partage de la responsabilité par tous.
Plus généralement, on peut dire que le gaullisme social relève d’un humanisme qui couvre tous les domaines où la dignité de la personne humaine est en jeu. La place de l’Homme dans la société et notamment dans l’entreprise comme nous l’avons vu, la place centrale du citoyen dans la vie de sa cité et de sa région, la place de la France comme modèle d’indépendance, de grandeur et de générosité, sont autant de ses composantes essentielles.
Cette vision de la société ne peut donc pas se satisfaire d’un libéralisme sauvage qui induit le matérialisme et l’individualisme valorisant « l’avoir » et la superficialité, au détriment de « l’être » et de la dignité de la personne. Le rôle de l’Etat doit donc être préservé, surtout pour promouvoir le progrès social, notion essentielle qui n’est jamais première dans l’idéologie libérale.
Parallèlement, au niveau international, le gaullisme social se veut solidaire des peuples en difficulté, asservis politiquement ou économiquement.
N’oublions pas qu’il demeure aujourd'hui encore de nombreux vestiges du « vrai » gaullisme social : la Sécurité sociale, l’Agence nationale pour l’emploi, les comités d’entreprises, la section syndicale d’entreprise...
Le Forum des républicains sociaux est sans doute aujourd'hui l’un des partis les mieux placés pour reprendre le flambeau d’un gaullisme social dont les idées forces semblent quelque peu se dissoudre. Après cinquante ans d’Histoire qui ont vu la fin de la décolonisation, l’émergence de l’Union européenne, la chute du communisme, la mondialisation des relations et la globalisation des marchés, la financiarisation de l’économie, une certaine modernisation de la doctrine du gaullisme sociale est sans doute nécessaire. Néanmoins ses solides fondements humains restent une base majeure, de laquelle le projet de société que le FRS veut proposer peut largement s’inspirer.
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